Entre-deux

À une époque, je bravais le temps, la fatigue, ou la faim. Je roulais sans daigner m’arrêter.

Et puis je n’ai plus été aussi téméraire.

Je m’arrêtais plus qu’avant. Parfois dans d’étranges espaces vagues dans les campagnes. Parfois dans un village, mais moins souvent. Comme une peur que la vraie vie me happe en marge de mon mouvement.

J’optais surtout pour les haltes. Facilités routières et conventions occidentales. Y faire une sieste, quitte à ne plus savoir à quelle municipalité appartient ce Tim Hortons à l’ombre duquel je me réveillais enfin.

Ou je m’y déliais les muscles. Ou je prenais un appel. J’ai donné une entrevue par Skype, les pieds posés sur le tableau de bord, les ongles rouges vers l’horizon, comme dans un road movie d’été.

J’ai joué – au cowboy, à la star ou à la femme libre – et je me suis crue. Un temps

Souvent, c’était surtout une question d’éléments. Assise dans mon aquarium, je mangeais mal et je regardais le déchaînement du temps. J’avais compris qu’il ne s’agissait plus de se sentir forte pour être en mesure de reprendre la route. Mais de se savoir fragile.

Devenue mère – chauffeuse privée d’une star de la chanson, d’une fée pirate, d’une marmotte autoroutière – je nous sais maintenant fragiles au pluriel. Et si je ne m’arrête plus autant qu’avant, c’est que chaque heure de route me semble une course à obstacle contre l’impatience – ou les nausées – de mon enfant.

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